Votre patrimoine est un oldtimer

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Nous vivons une époque étrange, voire même difficile. Une croissance zéro, avec une croissance économique négative que l’on ne peut exclure totalement. Une absence totale d’inflation, plutôt même une déflation. Des taux et des intérêts à chercher à la loupe sur les comptes bancaires et les comptes épargne, avec le sentiment latent que même les intérêts négatifs ne peuvent ipso facto être exclus à court terme. Les bourses titubent et sont sur la corde raide selon que le gourou de la bourse estime y voir un équilibre précaire temporaire ou que le prophète des actions estime que nous sommes au bord d’un crash boursier sans précédent.

Avec l’enlisement du système économique, la confiance dans le système financier traditionnel s’enlise elle aussi progressivement. En cette période, la gestion de l’argent et du patrimoine cause de sérieux soucis, même à ceux qui ne sont pas très fortunés. Une majorité plus que convaincue de détenteurs de comptes privés envisagerait de sortir son argent de la banque si les intérêts devenaient effectivement négatifs. Dire qu’il existe une tendance aux investissements alternatifs reviendrait à enfoncer une porte ouverte. De plus, les anciens réflexes reviennent en force. La tendance à conserver de l’argent en cash refait ainsi surface. La propension à détenir physiquement de l’or et d’autres métaux ou pierres précieux se fait irrésistible. Mais les variantes modernes sur un thème ancien s’imposent elles aussi de plus en plus, notamment investir dans des alternatives comme l’art, le vin ou même les oldtimers.

Mais il convient également de ne pas oublier que la façon dont le système envisage notre patrimoine et nos finances a radicalement changé. Dans le passé, il suffisait d’être le simple détenteur d’un patrimoine comme légitimation. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Même si cette notion n’est pas encore tout à fait ancrée. L’oldtimer susmentionné se prête à une métaphore adéquate. Prenez deux oldtimers identiques. Même moteur et même combinaison de couleurs, mêmes options et même traces d’utilisation. Ce qui diffère, c’est la documentation historique, à savoir posséder une preuve d’achat, un carnet d’entretien et les factures des réparations. La valeur de l’oldtimer non documenté ne sera en rien comparable à celle du véhicule documenté. L’oldtimer documenté se faufilera sans problème dans les méandres de la circulation. Il en va de même pour le patrimoine. Plus il est documenté historiquement, plus facilement vous pourrez, dans le futur, le faire se faufiler dans les méandres juridiques.

Dès qu’un patrimoine fait surface, est réalisé et converti en monnaie scripturale, on se demandera, aujourd’hui et dans le futur, comment ce patrimoine a été acquis et constitué. La légitimation n’est donc envisageable que si ce capital est documenté et fait l’objet d’une parfaite transparence. Et nous sortons justement d’une période où il était considéré plus sûr de ne pas documenter – durablement – le patrimoine et en aucun cas de créer de la transparence.Bien que cela n’ait jamais été consigné aussi clairement dans un principe de droit et écrit clairement dans quelque loi que ce soit, il s’agit pourtant d’une vérité dérangeante. Il ne suffit pas d’avoir un patrimoine, mais bien de le justifier. Retenez ceci : votre patrimoine est un oldtimer ! Et si vous penchez pour l’un des placements alternatifs susmentionnés ou pour la détention physique du patrimoine, ce n’est heureusement pas encore un délit. Mais si vous voulez éviter une inculpation pour un délit dans le futur, vous avez tout intérêt à documenter correctement et de manière durable chaque étape de votre placement alternatif. Non seulement dans votre intérêt, mais aussi dans l’intérêt de ceux qui vous suivront. Et oui, pour répondre à votre dernière question : les pouvoirs publics et le législateur feraient bien d’être un peu plus clairs à propos de ces nouveaux usages et normes.    

Jan Tuerlinckx

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